ActualitésLE TRAVAIL DE NUIT ... peut on parler d'un risque de cancer ??

Edité le : 29/01/2019
Par SL

De plus en plus d’entreprises se réorganisent pour contrer les effets sur la santé du travail de nuit, qui vont du simple trouble du sommeil au risque de cancer, affirme l’Institut national de recherche et de sécurité 

"Bien que très répandus dans notre société, le travail de nuit et le travail posté ne sont pas sans risques pour la santé des salariés qui y sont soumis". Association présentée comme impartiale et indépendante, associant des employeurs et des organisations syndicales de salariés, l’Institut national de recherche et de sécurité revient ce mois-ci dans un dossier sur les risques sur la santé des "horaires atypiques" et notamment les horaires de nuit.

Quels risques pour la SANTE 

Les risques du travail de nuit sur la santé ont fait l’objet de plusieurs études ces dernières années. Celle de l’agence de sécurité sanitaire Anses à l’été 2016, fait toujours référence.

"Les conclusions de cette expertise confirment les risques pour la santé liés au travail de nuit. Celui-ci est en effet susceptible de générer des effets sur la santé des travailleurs du fait de perturbations des rythmes biologiques", écrit clairement l’ANSES.

"Les résultats de l’expertise mettent en évidence des effets du travail de nuit sur la santé, avec différents niveaux de preuve scientifique :

- les effets sur la somnolence, la qualité de sommeil et la réduction du temps de sommeil total, et le syndrome métabolique sont avérés ;
- les effets sur la santé psychique, les performances cognitives, l’obésité et la prise de poids, le diabète de type 2 et les maladies coronariennes (ischémie coronaire et infarctus du myocarde) sont probables ;
- les effets sur les dyslipidémies (concentrations trop élevées de certains lipides dans le sang), l’hypertension artérielle et les accidents vasculaires cérébraux ischémiques, sont possibles.

Considérant le cancer, l’expertise conclut à un effet probable du travail de nuit sur le risque de cancer. Il existe notamment des éléments en faveur d’un excès de risque de cancer du sein associé au travail de nuit qui serait dû aux perturbations des cycles biologiques. L’expertise souligne l’existence de mécanismes physiopathologiques qui peuvent expliquer les effets cancérogènes liés aux perturbations des rythmes biologiques", expose l’Anses.

Quelles SOLUTIONS

Un établissement industriel qui renonce en partie au travail nocturne, un théâtre qui avance l’heure de ses représentations pour éviter que le démontage de la scène ne se réalise nuitamment… L’Institut national de recherche et de sécurité va illustrer, lors d’une table ronde le 31 janvier, les bonnes pratiques mises en place par un nombre croissant d’employeurspour épargner la santé des travailleurs.

Le meilleur moyen d’éviter ces effets très indésirables ? "Ne pas mettre en place le travail de nuit. Ou se demander si c’est vraiment nécessaire", répond Marie-Anne Gautier, médecin du travail et experte de l’INRS qui participera à la table ronde.

Plus facile à dire qu’à faire, dans un pays où le nombre de travailleurs de nuit a presque doublé en vingt ans. D’après les derniers chiffres disponibles au ministère du Travail, datant de 2014, 15,4% des salariés (dont deux fois plus d’hommes que de femmes) travaillent la nuit. Soit 3,5 millions de personnes. La fin du travail de nuit est impensable dans des domaines qui nécessitent une présence 24h/24, comme chez les pompiers, dans les hôpitaux, les transports…

Alors, même si la loi impose que ce travail dit "atypique" soit "justifié" entre 21 heures et 6 heures du matin, l’INRS propose surtout des aménagements qui "sont là pour diminuer l’impact", de l’aveu du Dr Gautier: organiser les tâches en privilégiant les aspects les plus exigeants en début de nuit, puis passer sur des "tâches plus routinières". Faire des micro-siestes, "qui ne servent pas à récupérer de la dette de sommeil mais récupérer en termes de vigilance". Et, rappelle-t-elle, "quand on travaille de nuit, le jour, c’est pour récupérer !"

La prévention, juge la chronobiologiste Laurence Weibel, auteure d’une étude sur le sujet, se heurte au fait que "les gens trouvent leur compte" dans le travail de nuit, entre la rémunération supplémentaire non négligeable, l’éventuel surcroît de congés et la disponibilité en journée, qui attire notamment de nombreux parents.

Le combat d’une ancienne infirmière

Quatre ans après son opération d’un cancer du sein, qu’elle impute à 30 ans de travail de nuit, Sylvie Pioli, ancienne infirmière, arpente l’Europe pour alerter contre ses risques. La jeune retraitée de 60 ans a fondé en septembre 2015 l’association Cyclosein. À vélo, elle sensibilise les pouvoirs et l’opinion publics contre les dangers du travail nocturne sur la santé. 

Pour elle, pas de doute : ce sont bien les trois décennies passées de nuit, dans une clinique privée puis un hôpital des Bouches-du-Rhône, qui sont la cause de son cancer. Et qu’importe si cela n’a jamais été officiellement reconnu. La classification de ces horaires comme facteur cancérogène "probable" par plusieurs études lui suffit. 

"Quand je suis tombée malade, je ne comprenais pas : je n’avais aucun facteur de risque. J’étais sportive, avec une alimentation saine, zéro cancer dans la famille. Pendant mes soins, un collègue médecin m’a dit 'Ne cherche pas, cancer et travail de nuit, ça va ensemble’. Je me suis sentie trahie sur toute la ligne parce que personne ne m’en avait jamais parlé" 

Sylvie PIOLI

À l’époque, Sylvie Pioli enchaînait "une semaine courte et une semaine longue", de 20 heures et 70 heures, exclusivement de nuit. Un rythme "fatiguant" mais pratique "pour les enfants" et, surtout, qui permet d’avoir plus d’autonomie. 

Après avoir rallié à vélo le ministère de la Santé, pour "leur jeter à la figure" le dossier travail de nuit-cancer, elle s’est rendue à Bruxelles pour discuter avec des eurodéputés, de la possibilité d’ajouter le travail de nuit au tableau des maladies professionnelles, le nerf de la guerre. Prochaine étape, les Nations unies à Genève, pour toquer à la porte de l’Organisation mondiale de la santé ou de l’Organisation internationale du travail. 

Pourquoi une telle obstination? "Me battre pour les autres, c’est une thérapie pour moi",

répond Sylvie PIOLI.

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